Une vue imprenable. Des voisins sympas et pas bruyants. Un silence exigé par toute la copropriété. Des roses dont le parfum ne parvient jamais aux narines du locataire. Dans ce poème à chute, Fenêtre en sous-sol, je décris avec une ironie douce-amère la dernière résidence — celle qu’on n’a pas choisie, payée par les enfants, quatre planches et quatre poignées. Ce n’est qu’au dernier vers que vous comprendrez d’où parle le narrateur. Un texte saisissant sur la mort, traité sans pathos, avec l’humour tendre de celui qui observe depuis l’autre côté.

Fenêtre en sous-sol

Une vue imprenable sur les autres habitations

Une vue imprenable sur les petites maisons

Un jardin de pierres bâti

Pour assurer le repos et l’éternité

Les maisonnettes ne se ressemblent guère

Nous n’avons pas tous eu le même architecte

De formes et de matières différentes

Elles sont toutes dans leur horizontalité

Voisins sympas et pas bruyants

Pour une fois, on ne se fâchera pas

Le temps s’écoule doucement

Pas beaucoup de dérangement

Ici, le silence est exigé

Par toute la copropriété

On nous respecte et même on nous chérit

Nous avons parfois un peu de compagnie

Un petit vieux ou une petite vieille

Qui viennent pour parler un peu

Ils passent ici aussi, pour visiter

Leur prochaine résidence

En quelque sorte l’appartement-témoin

Il y a également de la mélancolie

Quand un plus jeune vient larmoyer

Ou de notre absence se désespérer

Un peu de pleurs et de vague à l’âme

De ne pas avoir su plus s’aimer

On finit toujours par être regretté

Mais jamais ne dure cet échange

Le temps ne permet que l’on s’épanche

Je sais qu’on vient déposer des fleurs

De celles que j’aime, des roses aux épines acérées

Dont le parfum ne vient jamais aiguillonner mes narines

Cela n’a guère d’importance

La décoration sert à ceux qui la préparent

Nous n’avons plus les mêmes priorités

Dans ce repaire reposant

Une fois de plus je n’ai pas choisi

Ni l’endroit, ni l’envie

J’avais laissé le soin à mes enfants de la payer

Mes quatre planches et ces quatre poignées

Avez-vous deviné, avant le dernier vers, d’où parlait le narrateur ?

J’aborde les sujets les plus graves avec le même détachement malicieux dans mon recueil de nouvelles philosophiques Petites Miscellanées et autres pensées. Je raconte l’indicible à hauteur humaine avec la légèreté de ceux qui ont choisi d’en rire plutôt que d’en pleurer.

D’autres textes sont disponibles dans la rubrique Carnet de pensée (3e opus).

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