Cela a commencé comme une petite erreur. Des fleurs pour se faire pardonner. La promesse que ça ne recommencera plus. Puis la seconde fois, plus dure. Puis tous les soirs… Dans ce poème engagé, Bats-toi, je retrace le mécanisme implacable des violences conjugales — de la première gifle aux alibis inventés devant le miroir, en passant par la culpabilisation et l’alcool qui sert d’excuse. Un texte qui reprend la voix du bourreau pour mieux la démonter et qui pose à chaque refrain la seule question qui compte : si tu essayais simplement de partir ?

Bats-toi

Ça a commencé comme une petite erreur
Pour se faire pardonner, il t’a offert des fleurs
Il jure qu’il ne recommencera plus.
La deuxième fois, c’est juste plus dur
C’est devenu de plus en plus violent
Il te bat, il n’y a pas d’autres mots

Tu cherches ce qui a dérapé
Comprendre pourquoi il a changé
Tu le crois sincère dans ta crédulité
Dans un élan d’amour et d’humanité

En souvenir des années passées
De celles qui sont restées figées
Sur les murs des photos jaunies
Avec toute la famille réunie

Quel avenir te réserves-tu
À rester accrochée à cet individu
Tu penses ne pas pouvoir t’en sortir
Et si tu essayais simplement de partir

Maintenant, tous les soirs quand il rentre
Tu sais que va recommencer la danse
Immédiatement tu sens au creux de ton ventre
Une boule peser, te paralyser d’épouvante

Il te dit bonjour puis se sert un verre
La journée a été rude, alors d’autres vont suivre
Le réconfort dans l’alcool, c’est plus facile à vivre
Tu devrais l’aider, mais non tu ne fais aucun effort
Tu ne cherches soulager la fatigue qui le harasse
Toi qui te goberges au fil de l’argent qu’il ramasse

Lui, qui travaille, alors que toi tu te pavanes
Les taches ménagères, c’est pour les ânes
Forcément tu l’as énervé
Inévitablement, il t’a cogné
Tu devrais quand même admettre
S’il pouvait faire autrement

Il est malade et de nouveau replonge
Tu ne cherches pas à voir ce qui le ronge
De quelle pierre es-tu fabriquée
Pour à ce point être aveuglée

Quel avenir te réserves-tu
À rester accrochée à cet individu
Tu penses ne pas pouvoir t’en sortir
Et si tu essayais simplement de partir

Là, tu te regardes dans la glace
Que vois-tu ? Qui vois-tu à la place ?
Tu es tuméfiée, il te faudra inventer pour tes amies
Des événements alambiqués et des alibis

Combien de temps vas-tu encore endurer
Tu vis un enfer et tu crois qu’il n’y a pas de paradis
Mais bientôt c’est la mort qui va te rattraper
Tu l’auras aimé pourtant de toi s’en seras fini
Il n’y a guère de fatalité
Ce qui t’arrive est devenu banalité

Quel avenir te réserves-tu
À rester accrochée à cet individu
Tu penses ne pas pouvoir t’en sortir
Et si tu essayais simplement de partir

Quel avenir te réserves-tu
À rester accrochée à cet individu
Tu penses ne pas pouvoir t’en sortir
Et si tu essayais simplement de partir

Si ces mots pouvaient être lus par celle qui n’ose pas encore partir ?

Je donne la parole à ceux qui souffrent en silence dans mon recueil Petites Miscellanées et autres pensées. Je souffle des histoires à hauteur humaine pour briser le silence, notamment sur les violences tues, la dignité piétinée, les appels à la résistance.

D’autres textes sont disponibles dans la rubrique Carnet de pensée (3e opus).

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Si vous souhaitez en découvrir plus en détail les mécanismes de l’emprise dans les violences conjugales, je vous invite à découvrir mon roman Bats-toi et ma pièce de théâtre du même nom.