Graffiti en noir et blanc d’un enfant recroquevillé contre un mur, tête enfouie dans les genoux. Illustration du texte « Contre le mur » d’Hervé Gransart.

Assis-là, contre le mur, il pleure. Recroquevillé, bras serrés autour des jambes, épaules qui tressautent. Il n’a pas de mots. Il n’a que les maux. Dans ce texte glaçant, Contre le mur, je décris la solitude absolue d’un enfant victime de l’innommable. Des sentiments de honte et de culpabilité émergent, suivis de douleur et de crainte. Chaque phrase renforce l’étau, menant à une chute terrifiante de douceur apparente. Un secret, une promesse et l’annonce d’un retour sont révélés. Un texte sur les violences sexuelles faites aux enfants, qui raconte l’indicible sans jamais le nommer et qui frappe d’autant plus fort.

Contre le mur

Assis-là, contre le mur, il pleure.


Ce mur ne le protège pas, tout juste une béquille de réconfort contre lequel il se
réfugie.

Doucement, quasi imperceptiblement, il pleure. Vous ne le remarqueriez qu’aux
tressautements de ses épaules qui se secouent dans un mouvement saccadé.

Recroquevillé, ses bras enserrent ses jambes, il pleure.

Il pleure sur sa vie d’enfant partie en lambeaux. Sans tout à fait comprendre
réellement ce qu’il lui arrive.

Ramassé sur son corps meurtri, endolori ; il sanglote doucement sur l’indicible.
Tassé, appuyé contre le mur, il pleure sur ce qui ne sera plus. Sur celui qu’il était, sur
ce qu’il deviendra peut-être, sans trop savoir à ce moment précis.

Roulé en boule sur lui-même, il gémit. Il n’a pas de mots. Il n’a pas les mots pour
décrire quand et comment sa vie a basculé.

Il n’a que les maux pour dépeindre son chagrin, sa peine et sa douleur. Il est
désemparé, interdit devant l’immensité de sa situation.

Il sanglote aussi parce qu’il a honte, il se sent coupable. Il ne sait pas vraiment de quoi
ni pourquoi. Mais ce sentiment de culpabilité l’étreint presque plus que toute autre
impression.

Il est pourtant persuadé n’avoir rien fait de mal – lui.

Il a mal dans sa tête et dans son corps. Il a mal partout et ses sanglots ne le soignent
pas. Il a peur aussi. Une peur diffuse, qui ne s’accroche à rien de tangible, mais qui
l’empoisonne.

Prostré, comment va-t-il faire ? Il n’arrive pas à être en colère — pas encore —, que
va-t-il faire ? Continuer de vivre, continuer de faire comme si de rien n’était, comme
si tout était normal ?

Il soupire encore – un peu – parce qu’il est perdu, sans ressources, sans solution, sans
idées. Peut-il en parler ? À qui ?

Il n’osera pas. Est-ce mal ?

C’est vraiment mal ?

Assis-là, prostré, il pleure l’enfant qu’il ne sera plus désormais. Il pleure l’adulte qu’il
n’est pas.

Cet adulte, qui lui a juré combien il l’aime, qu’il l’aimerait toujours, qu’il serait
toujours gentil avec lui. Combien ils seront heureux, seulement tous les deux !

Surtout, surtout, si ce si beau secret n’est pas dévoilé – jamais.

Cela doit rester entre eux deux, seulement entre eux deux, pour qu’ils soient heureux.
N’en parler à personne et promis, demain, il reviendra.

Si, derrière le silence d’un enfant, se cachait un secret qu’il n’ose pas dévoiler ?

En tant que souffleur d’histoires à hauteur humaine et auteur français contemporain, je brise les silences les plus lourds dans mes livres. J’écris pour l’indicible ne reste pas impuni (enfances volées, violences tues, dignité piétinée, etc.).

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